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Le bonheur comme accomplissement de notre nature

Aristote · Antiquité (IVe siècle avant notre ère)

Thèse

Un violoniste ne se sent pas simplement heureux en jouant un morceau qu'il maîtrise parfaitement : il s'accomplit, il exerce au mieux la fonction même pour laquelle il s'est formé, il devient pleinement ce qu'un violoniste peut être. Aristote généralise cette intuition à l'existence humaine tout entière : le bonheur – eudaimonia – n'est pas un état de plaisir ni un sentiment passif, c'est une activité de l'âme conforme à la vertu. L'homme est essentiellement un être rationnel et politique – son bonheur consiste à exercer pleinement sa raison, à cultiver les vertus intellectuelles et morales, et à vivre en communauté. Le bonheur est la fin ultime de l'existence humaine – ce à quoi tout le reste est subordonné.

« Si le bonheur est une activité conforme à la vertu, il est rationnel qu'il soit activité conforme à la plus haute vertu et celle-ci sera la vertu de la partie la plus noble de nous-mêmes. » – Éthique à Nicomaque

Exemples

  • Faux bonheur : les biens extérieurs. S'enrichir, se divertir, accumuler des honneurs – ces biens extérieurs ne réalisent pas notre nature proprement humaine. Aristote les appelle des biens instrumentaux : ils peuvent contribuer à l'eudaimonia (la santé, un minimum de ressources sont nécessaires), mais ils ne constituent pas le bonheur. La vie vouée à la richesse ou aux honneurs est une vie manquée – elle confond le moyen avec la fin.
  • Vrai bonheur : l'activité vertueuse. Philosopher, délibérer, exercer la justice, cultiver l'amitié vertueuse (philia) – ces activités réalisent pleinement ce qu'il y a de meilleur en l'homme. Aristote distingue deux formes de bonheur accompli : la vie politique et morale (exercer les vertus morales – accessible à tout homme bien éduqué) ; la vie contemplative (exercer l'intellect pur dans la philosophie – forme la plus haute, mais réservée à peu).

Notes

Aristote s'oppose à Platon (le bonheur n'est pas dans la contemplation des Idées séparées – il est dans l'exercice des vertus dans ce monde, au sein de la cité) ; à Épicure (le bonheur est une activité positive d'excellence, non une soustraction de souffrance) ; aux Stoïciens (les biens extérieurs ne sont pas indifférents – ils contribuent réellement à la vie bonne).

Débat

Épicure : le bonheur aristotélicien est trop exigeant et trop dépendant de conditions extérieures. Il suffit de satisfaire les désirs naturels et nécessaires (manger, boire, s'abriter, l'amitié simple) et d'éliminer les désirs vains (richesse, gloire). Les Stoïciens : les biens extérieurs sont des indifférents (adiaphora) – seule la vertu intérieure suffit au bonheur. Kant : le bonheur ne peut pas être le fondement de la morale – c'est un concept empirique et hétérogène, variable selon les individus.