La vérisimilitude
Thèse
La science ne prouve pas la vérité – elle s'en approche. La vérisimilitude désigne le degré de proximité d'une théorie avec la vérité : une théorie est meilleure qu'une autre si elle possède plus de contenu vrai et moins de contenu faux. Le progrès scientifique est une approximation croissante vers la vérité, par élimination successive des erreurs.
« Si nous échouons à réfuter la nouvelle théorie, particulièrement dans les domaines dans lesquels la précédente avait été réfutée, alors nous pouvons présenter ce fait comme une des raisons objectives de conjecturer que la nouvelle théorie est une meilleure approximation de la vérité que l'ancienne. » – La connaissance objective, 1972
Exemples
- Newton : haute vérisimilitude, non vérité absolue. La mécanique newtonienne n'est pas vraie au sens absolu : elle est mise en défaut par la relativité restreinte aux vitesses proches de celle de la lumière, et par la relativité générale pour les champs gravitationnels intenses. Pourtant, elle reste une meilleure approximation de la vérité que la physique aristotélicienne – elle prédit correctement un domaine vastement plus large de phénomènes. Elle n'est pas fausse : elle est limitée dans son domaine de validité.
- Einstein : vérisimilitude plus haute encore. La relativité générale rend compte de phénomènes que Newton ne pouvait pas expliquer – la courbure de la lumière, les ondes gravitationnelles. Elle sera peut-être dépassée à son tour – notamment par une théorie unificatrice de la relativité et de la mécanique quantique, qui n'existe pas encore. Le progrès est réel, même si la vérité définitive reste hors d'atteinte.
Notes
La vérisimilitude complète le principe de réfutabilité sans le contredire : une théorie réfutée n'est pas sans valeur – elle avait peut-être une haute vérisimilitude, supérieure à ce qui existait avant elle. La réfutation n'est pas un échec absolu, c'est une étape dans l'approximation. C'est ce qui permet à Popper de rendre compte du progrès scientifique sans tomber dans l'inductivisme ni dans le relativisme.
Débat
Kuhn : les théories scientifiques ne progressent pas linéairement vers la vérité – elles changent par révolutions de paradigme, et il n'y a pas de mesure commune entre paradigmes successifs. Feyerabend : la science n'a pas de méthode unique ni de critère universel de progrès – l'histoire des sciences montre que les grandes avancées ont souvent violé les règles méthodologiques en vigueur – tout ce qui fonctionne est légitime. Lakatos : ni la falsification isolée de Popper, ni les révolutions incommensurables de Kuhn ne rendent compte de la pratique réelle des chercheurs – ce sont des programmes de recherche entiers, avec un noyau dur protégé par une ceinture d'hypothèses auxiliaires, qui progressent ou dégénèrent sur le temps long.