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La médecine, cœur du projet cartésien

René Descartes · XVIIe siècle

Thèse

Parmi toutes les sciences, c'est la médecine que Descartes place au premier rang de son espoir : mieux connaître le corps humain pour prévenir ses maux, retarder la vieillesse et soulager la souffrance. Ce n'est pas un projet parmi d'autres : pour Descartes, la santé est « le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie » – sans elle, aucune sagesse, aucune vertu, aucun bonheur n'est pleinement accessible. La médecine est donc le lieu où le programme cartésien de maîtrise de la nature trouve sa justification la plus immédiate et la plus humaine.

« S’il est possible de trouver quelque moyen qui rende les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. » – Discours de la méthode, VIe partie, 1637

Exemples

  • La promesse tenue : les vaccins, les antibiotiques, l'anesthésie, la chirurgie moderne sont les réalisations les plus directes du programme cartésien – comprendre les mécanismes du corps pour intervenir sur eux et soulager la souffrance. C'est précisément ce que Descartes visait en plaçant la médecine au centre de son espoir.
  • La médecine retournée contre le soin : le même désir de maîtriser le corps a aussi permis l'eugénisme du XXe siècle, des expérimentations menées sans consentement (l'étude de Tuskegee, les expériences des camps nazis), ou plus discrètement aujourd'hui une pression normative sur des corps sans cesse évalués, corrigés, optimisés. Le projet cartésien n'avait pas anticipé que le pouvoir sur le corps puisse aussi devenir un pouvoir sur les personnes.

Notes

Pour Descartes, la science a d'abord une vocation médicale et utilitaire : améliorer la santé du corps est la condition de toutes les autres améliorations de l'existence.

Débat

Illich : la médecine moderne produit elle-même une part de ce qu'elle prétend combattre – la « iatrogenèse », ou maladie engendrée par le soin lui-même (effets secondaires, dépendance aux traitements, maladies nosocomiales, perte de l'autonomie du malade face à l'institution médicale). Foucault : la médecine n'est pas un pouvoir neutre au service du corps – elle est une instance de pouvoir qui définit la norme et la déviance, qui surveille et discipline les corps sous couvert de les soigner. Canguilhem : la frontière entre le normal et le pathologique n'est pas donnée par la seule biologie – c'est le vivant lui-même qui, dans sa relation à son milieu, définit ses propres normes ; la médecine ne peut donc pas se réduire à un simple redressement mécanique de dysfonctionnements objectifs.