Le conatus
Thèse
L'effort fondamental par lequel toute chose tend à persévérer dans son être – non une force ajoutée de l'extérieur, mais l'essence même de chaque chose : sa part de la puissance infinie de Dieu (ou la Nature), exprimée à sa manière singulière. Une plante pousse racines et feuilles vers ce qui la nourrit, un animal fuit ce qui le menace, une pierre même résiste à ce qui voudrait la briser. Ce n'est pas un choix conscient – c'est la loi universelle de toute existence. Pour l'homme, elle se manifeste comme désir, appétit, volonté de vivre. Ce principe est la pierre angulaire de toute l'éthique spinoziste : le bien et le mal n'ont rien d'absolu, ils se définissent uniquement par ce qui augmente ou diminue cette puissance d'exister.
« Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. » – Éthique, 1677
Exemples
- La plante oriente ses racines vers l'eau, ses feuilles vers la lumière – elle persévère sans conscience.
- L'animal fuit le danger, cherche la nourriture, creuse son terrier, s'accouple.
- L'homme ambitionne, crée, aime, lutte – son conatus prend la forme du désir conscient.
Notes
Le conatus spinozien annonce Nietzsche et sa volonté de puissance, avec une nuance de taille : le conatus conserve, là où la volonté de puissance nietzschéenne dépasse.
Débat
Nietzsche : le conatus est trop passif – la vie ne cherche pas seulement à se conserver, elle veut se dépasser et croître. Schopenhauer : l'effort de persévérer dans l'être est une manifestation de la Volonté aveugle et souffrante.