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Mythes et religions

Claude Lévi-Strauss · XXe siècle

Thèse

On qualifie volontiers d'« histoires fausses » les récits d'origine du monde des peuples qu'on étudie de loin – tout en réservant le mot « religion », plus respectable, aux croyances qu'on partage ou qui nous sont proches. Lévi-Strauss récuse cette hiérarchie implicite : les récits religieux et les mythes doivent être étudiés de la même façon, car ils ne valent pas par leur vérité factuelle mais parce qu'ils révèlent les structures universelles de l'esprit humain. La distinction entre « mythe » et « religion » traduit ainsi souvent le point de vue de l'observateur plus qu'une différence objective entre les récits.

« Tout mythe est par nature une traduction. » – L'Homme nu (1971)

Exemples

  • Le mythe grec de Prométhée explique comment les hommes ont acquis le feu et sont devenus des êtres de culture plutôt que de nature.
  • Le récit biblique d'Adam et Ève explique comment l'humanité est passée de l'innocence originelle à la connaissance et à la condition humaine actuelle.
  • Dans les deux cas, le récit ne vaut pas seulement par ce qu'il raconte mais par les oppositions qu'il met en scène (nature/culture, innocence/connaissance, humain/divin), oppositions qui sont des structures universelles de l'esprit humain.

Notes

Lévi-Strauss analyse les religions comme des systèmes symboliques comparables aux mythologies. Il refuse l'opposition évolutionniste entre pensée « primitive » et pensée « civilisée ». Le mythe n'est pas une erreur de raisonnement mais une forme d'intelligence du réel. Contrairement à Freud, il ne réduit pas les mythes à des désirs psychiques individuels. Contrairement à Marx, il ne les explique pas principalement par leur fonction sociale ou idéologique. Son approche est avant tout structurale : ce qui l'intéresse est l'organisation des relations et oppositions à l'intérieur des récits.

Débat

Ricœur : l'analyse structurale met au jour l'architecture des mythes mais risque d'en perdre la richesse existentielle, symbolique et historique ; un mythe n'est pas seulement une structure logique. Mircea Eliade : les mythes ne sont pas seulement des constructions mentales ; ils manifestent pour les croyants une expérience du sacré irréductible à l'analyse structurale. Malinowski : réduire le mythe à une structure logique de traduction manque sa fonction sociale concrète – le mythe est avant tout une charte pragmatique qui légitime les institutions, les rites et l'ordre social d'une communauté vivante.