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Le pari de Pascal

Blaise Pascal · XVIIe siècle

Thèse

Un investisseur qui doit placer son argent sans savoir avec certitude quel marché va monter n'a pas pour autant le luxe de ne rien faire : ne pas choisir, c'est déjà choisir de laisser son argent dormir. Face à l'existence de Dieu, Pascal pose un problème structurellement semblable : on ne peut pas la prouver ni la réfuter par la raison seule – et pourtant on ne peut pas s'abstenir de parie ; la vie oblige à choisir, l'abstention étant elle-même un choix. Pascal propose alors d'appliquer à cette décision métaphysique le calcul des espérances, qu'il contribue lui-même à fonder avec Fermat. Si l'on pondère les gains et les pertes possibles par leur probabilité et leur magnitude, le calcul rationnel commande de parier pour l'existence de Dieu : la dissymétrie entre les enjeux (infini contre fini) rend ce pari irrésistible pour tout agent rationnel.

« Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. » – Pensées, 1670

Exemples

  • Je parie OUI et Dieu existe → je gagne tout (vie éternelle).
  • Je parie OUI et Dieu n'existe pas → je perds peu (quelques plaisirs).
  • Je parie NON et Dieu existe → je perds tout (damnation éternelle).
  • Je parie NON et Dieu n'existe pas → je gagne peu (quelques plaisirs).

Notes

Le calcul est asymétrique : un seul pari offre un enjeu infini (vie éternelle), un seul contient une perte infinie (damnation). Parier NON expose à une perte infinie pour un gain fini. Parier OUI expose à une perte finie pour un gain infini. La rationalité commande le OUI. Pascal est le premier à appliquer le calcul des probabilités à une question métaphysique – il invente la théorie de la décision rationnelle sous incertitude.

Débat

Kant : la foi ne se commande pas par un calcul d'intérêt – la véritable foi est désintéressée. Nietzsche : un homme qui croit vraiment en Dieu n'a pas besoin de calculer : il croit. Le pari est le symptôme d'une foi blessée, rongée par le doute, qui cherche dans la raison un appui que la grâce ne fournit plus. Objection interne : si le pari vaut pour le Dieu chrétien, il vaut également pour Allah, pour Zeus, pour tout dieu de toute religion qui promet une récompense infinie à ses fidèles et une punition infinie aux autres. Pourquoi parier sur le Dieu de Pascal plutôt qu'un autre ?