La liberté et le déterminisme
Thèse
Tout dans la nature est rigoureusement déterminé – la révolution de la Terre autour du soleil, la migration des oiseaux, mais aussi l'homme. Imaginez une pierre lancée dans les airs qui, si elle devenait consciente, croirait voler par sa propre volonté – ignorant simplement la main et la force qui l'ont propulsée. Nous sommes cette pierre : nous avons conscience de nos désirs, mais pas des causes profondes (physiologiques, psychologiques, sociales) qui les déterminent. Le libre arbitre est une illusion née de notre ignorance des causes qui nous gouvernent. La vraie liberté ne consiste pas à échapper au déterminisme – impossible –, mais à le comprendre, pour agir en connaissance de cause plutôt qu'en aveugle.
« Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés » – Éthique, 1677
Exemples
- L'illusion de liberté : un homme ivre croit exprimer librement ses pensées les plus intimes. Ce n'est qu'une fois redevenu sobre qu'il regrette d'avoir parlé, découvrant que c'était l'alcool, et non sa libre volonté, qui le faisait parler ainsi.
- La vraie liberté : un homme qui fuit systématiquement toute dispute croit choisir la paix. En comprenant que cette fuite vient d'une peur enracinée dans l'enfance, il ne la supprime pas d'un coup – mais il cesse d'en être le jouet aveugle.
Notes
La conception spinoziste de la liberté peut paraître paradoxale au premier abord : accepter qu'on n'est pas libre, qu'on est déterminé par des causes extérieures, c'est le seul chemin vers une forme de liberté. Ou, avec les mots de Spinoza : « Je dis qu’une chose est libre quand c’est par la seule nécessité de sa nature qu’elle existe et agit ».
Débat
Sartre : Spinoza supprime la liberté en la réduisant à la compréhension – or il n'y a pas de liberté sans choix véritable. Bergson : le déterminisme spinoziste méconnaît la durée, le flux imprévisible et créateur de la vie consciente.