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La justice comme fidélité aux contrats

Thomas Hobbes · XVIIe siècle

Thèse

Deux marchands concluent un accord : l'un doit livrer une cargaison, l'autre payer à réception. Dans l'état de nature, sans aucun pouvoir commun pour contraindre au respect de la parole donnée, rien n'empêche l'un des deux de rompre sa promesse dès qu'il y trouve intérêt – il serait même imprudent, dans un monde sans loi, de tenir parole le premier, au risque de se faire simplement trahir. La justice n'est ni une vertu naturelle ni un accord avec la loi divine : elle consiste uniquement dans le respect des pactes librement conclus. Dans l'état de nature – guerre de tous contre tous –, il n'existe ni juste ni injuste, car aucun pouvoir commun ne contraint les hommes à tenir leurs engagements. C'est seulement l'institution de l'État (le Léviathan) qui rend les contrats exécutoires et, par là, la justice possible.

« Les lois de nature [...] ne sont que des qualités qui disposent les hommes à la paix et à l'obéissance. La justice consiste à tenir les pactes valides. » – Léviathan, 1651

Exemples

  • Sans État : ni juste ni injuste. Dans l'état de nature, s'emparer de la nourriture d'autrui n'est pas une injustice : aucun pacte n'a été conclu, aucun pouvoir souverain ne garantit quoi que ce soit. Chacun a un droit sur toutes choses (jus in omnia). L'absence de contrat rend toute qualification morale impossible.
  • Avec contrat : l'injustice devient pensable. Dès lors qu'un accord a été librement conclu et qu'un souverain en assure l'exécution, le manquer constitue une injustice – non parce que l'acte serait mauvais en soi, mais parce qu'il viole un engagement volontairement pris. La justice est donc purement conventionnelle et procédurale.

Notes

La théorie de Hobbes fonde un positivisme juridique radical : il n'existe aucune justice naturelle ou divine antérieure à la loi civile. Le droit n'est pas la transcription d'un ordre moral préexistant ; il est ce que le souverain décrète comme obligatoire.

Débat

Rawls : un contrat n'est juste que s'il est conclu dans des conditions d'équité – notamment sous le voile d'ignorance, qui neutralise les inégalités de position. Rousseau : la légitimité d'un contrat ne tient pas à sa seule conclusion volontaire, mais à son contenu – il doit exprimer la volonté générale, c'est-à-dire l'intérêt commun, et non la simple somme des volontés particulières.