La loi morale fondée sur la Raison
Thèse
Une action est-elle bonne parce que Dieu la commande, ou Dieu la commande-t-il parce qu'elle est déjà bonne ? Face à ce vieux dilemme, déjà posé par Platon dans l'Euthyphron, Kant prend clairement position : la loi morale ne tire pas sa validité de Dieu, de la nature ou d'une tradition – elle est fondée sur la raison pure pratique, commune à tout être rationnel. Ce n'est pas parce que Dieu commande que quelque chose est bien : c'est parce que la raison le reconnaît comme bien, indépendamment de toute autorité extérieure qui viendrait le décréter. La morale est ainsi autonome : elle ne reçoit sa loi de personne ; elle se la donne en usant de la raison.
« Deux choses remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. » – Critique de la raison pratique, Conclusion, 1788
Exemples
- Morale hétéronome : « Ne mens pas parce que Dieu l'interdit. » Si Dieu n'existe pas, si la révélation est douteuse, ou si la loi religieuse évolue – l'interdit tombe. La morale est otage d'une autorité extérieure.
- Morale autonome : « Ne mens pas parce que la raison reconnaît que le mensonge ne peut pas être universalisé. » Si tout le monde mentait, la communication perdrait tout sens – le mensonge se détruirait lui-même. Valable que Dieu existe ou non.
- Test de l'impératif catégorique : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » C'est le critère formel qui remplace toute référence à une autorité extérieure.
Notes
Répond directement au dilemme de Platon dans l'Euthyphron : est-ce pieux parce que les dieux l'aiment, ou les dieux l'aiment-ils parce que c'est pieux ? Kant tranche : ni l'un ni l'autre – la raison suffit. Rompt avec toute éthique conséquentialiste (le bien ne se mesure pas aux effets) et avec toute éthique des vertus (le bien ne dépend pas du caractère) : seule la forme de la maxime compte. Prolongé par Rawls : le voile d'ignorance se veut une procédure kantienne – trouver des principes que la raison pure accepterait indépendamment de tout intérêt particulier.
Débat
Nietzsche : la morale rationnelle de Kant n'est qu'une morale chrétienne déguisée en raison. Hegel : la morale kantienne est trop formelle. Elle dit comment évaluer une maxime, pas comment vivre. Williams (éthique de la particularité) : l'impératif catégorique efface ce qui fait la richesse de la vie morale réelle – les engagements particuliers, les loyautés, les projets personnels. Un homme qui aide sa femme en noyade parce que c'est universalisable plutôt que parce que c'est sa femme a une pensée de trop.