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La liberté comme autonomie

Emmanuel Kant · XVIIIe siècle

Thèse

Agir sous l'effet de la peur, du calcul ou de l'intérêt immédiat n'est pas un signe de liberté, mais de soumission : je suis alors gouverné de l'extérieur, par ce que je désire ou redoute, sans y avoir moi-même consenti par la raison. Kant appelle cela l'hétéronomie. La vraie liberté, à l'inverse, c'est l'autonomie : agir selon la loi morale que ma propre raison se donne à elle-même, indépendamment de mes désirs ou des pressions extérieures. Si je dis la vérité non par peur d'être puni, mais parce que je reconnais que le mensonge, érigé en loi pour tous, détruirait la confiance elle-même – alors mon action est libre, car dictée par ma seule raison. Une action n'est véritablement libre que si elle est accomplie par devoir, selon une maxime que je peux vouloir ériger en loi universelle – le critère de l'impératif catégorique.

« L'autonomie de la volonté est cette propriété qu'a la volonté d'être à elle-même sa loi. » – Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785

Exemples

  • Hétéronomie (non-libre) : mentir pour éviter une punition, ou donner à une œuvre caritative uniquement pour soigner sa réputation. Dans les deux cas, la conduite n'est pas choisie pour elle-même mais pour une raison extérieure. Je suis gouverné par des choses qui ne dépendent pas de moi, comme l'arrivisme, donc je ne suis pas libre.
  • Autonomie (libre) : dire la vérité même quand ça coûte, parce que la raison le commande – sans y être forcé, sans en attendre de récompense. La conduite est choisie pour elle-même. Je respecte la loi que je me suis fixé moi-même par l'usage de ma raison. Je suis littéralement auto-nome, et donc libre.

Notes

Le paradoxe est volontaire : être libre, c'est obéir – mais seulement à une loi qu'on s'est soi-même donnée. Rousseau formule presque la même idée dans le Contrat social : l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Cette autonomie tranche avec la liberté négative (faire ce qu'on veut, sans entrave extérieure) : pour Kant, céder à ses désirs n'est pas être libre, c'est être esclave de ses penchants.

Débat

Hegel : l'autonomie kantienne est trop abstraite – la liberté réelle se réalise dans les institutions concrètes (famille, société civile, État). Sartre : l'autonomie kantienne présuppose une nature humaine fixe que l'existentialisme refuse.