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La volonté générale comme fondement de la légitimité

Jean-Jacques Rousseau · XVIIIe siècle

Thèse

Un vaste groupe de citoyens vote massivement pour baisser ses propres impôts au détriment des générations futures qui hériteront de la dette : cette décision, bien que soutenue par une large majorité, sert des intérêts particuliers, présents et égoïstes, pas l'intérêt de la communauté tout entière. C'est cette différence que Rousseau prend soin d'établir : un État est légitime non pas parce qu'il est puissant, mais parce qu'il agit conformément à la volonté générale. Celle-ci désigne l'intérêt commun des citoyens, qui dépasse la simple addition des intérêts individuels. Elle ne doit donc pas être confondue avec la volonté de la majorité : une majorité peut poursuivre des intérêts particuliers, alors que la volonté générale vise ce qui est bénéfique pour tous en tant que membres d'une même communauté politique. Il peut arriver qu'une décision de la volonté générale me desserve individuellement : la décision n'en reste pas moins conforme aux intérêts de la communauté, qui dépasse les intérêts particuliers.

« Il s'ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique : mais il ne s'ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. » – Du contrat social, Livre II, chapitre III, 1762

Exemples

  • Volonté de tous (addition d’intérêts particuliers) : une majorité peut voter une baisse de ses impôts sans se soucier des conséquences sur les services publics. Dans ce cas, la décision reflète une somme d’intérêts individuels, et non une réflexion sur le bien commun. Le résultat peut être avantageux pour certains, mais déséquilibré pour la collectivité.
  • Volonté générale (intérêt commun) : financer l’éducation, la santé ou la sécurité relève de la volonté générale, car ces biens bénéficient à tous, indépendamment des intérêts personnels immédiats. Même si chacun contribue, chacun en retire aussi un avantage en tant que membre du corps social.

Notes

La volonté générale peut parfois entrer en tension avec les libertés individuelles. Rousseau admet implicitement qu’on peut « forcer à être libre » lorsqu’un individu s’écarte de l’intérêt commun. Le problème de fond est le suivant : comment identifier concrètement la volonté générale sans la confondre avec la majorité ou le pouvoir en place ?

Débat

Tocqueville : la volonté générale peut se transformer en domination de la majorité sur les minorités, produisant un « despotisme doux » où l'État encadre excessivement les individus au nom du bien commun. Burke : le contrat social abstrait ignore les traditions et les héritages culturels qui structurent réellement les sociétés. Marx : la volonté générale masque des rapports de classe : elle prétend représenter tous les citoyens, mais sert en réalité les intérêts de la classe dominante, notamment bourgeoise.