Nous obéissons à l'État parce que c'est la condition de notre survie
Thèse
Imaginez un monde sans police, sans tribunaux, sans aucune autorité pour vous protéger : même le plus fort ne pourrait jamais dormir tranquille, car un plus faible, aidé de quelques alliés ou pris par surprise, peut toujours se faire tuer. C'est cette insécurité radicale que Hobbes appelle l'« état de nature » : chacun y a le droit de tout faire, ce qui conduit à la guerre de tous contre tous. Les individus n'obéissent donc pas à l'État par moralité ou par amour du bien commun, mais par calcul rationnel : pour sortir de cette situation invivable, ils acceptent de transférer leurs droits à un souverain (le Léviathan), qui garantit la paix et la sécurité en imposant des lois communes.
« La cause finale, la fin, ou l'intention des hommes [...] quand ils établissent pour eux-mêmes cette restriction dans laquelle nous les voyons vivre dans les Républiques, est la prévision de leur propre préservation, et, par là, d'une vie plus satisfaisante. » – Léviathan, chap. XVII, 1651
Exemples
- Sans État (terreur) : dans l’état de nature, chacun est libre d’agir comme il le souhaite. Tout le monde étant susceptible d'agir au détriment des autres, il en résulte une insécurité permanente, où la peur et la méfiance dominent. Cette liberté absolue devient paradoxalement une forme d’oppression.
- Avec l'État (sécurité) : en acceptant de limiter sa liberté et de déléguer le pouvoir à un souverain, chacun obtient en échange la sécurité. Les lois permettent de prévoir les comportements, de protéger les biens et les personnes, et donc de rendre possible une vie sociale stable (travail, projets, coopération).
Notes
Le fondement de l’obéissance est ici l’intérêt personnel rationnel, pas la morale. L’État est pensé comme une construction artificielle, issue d’un contrat implicite. La liberté naturelle est abandonnée au profit d’une liberté civile encadrée par la loi. Le souverain doit être suffisamment puissant pour garantir la paix, sinon le contrat perd son sens.
Débat
Rousseau : l'obéissance fondée sur la peur n'est pas la liberté – il faut fonder l'État sur la volonté générale. Locke : le souverain n'est légitime que s'il protège les droits naturels – sinon le peuple a le droit de résister.