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La liberté comme détermination rationnelle

René Descartes · XVIIe siècle

Thèse

La liberté n'est pas l'absence de contrainte, mais la capacité de la volonté à se déterminer par la raison. Descartes distingue donc deux niveaux : le libre arbitre d'indifférence, le plus bas, où je choisis sans voir clairement ce qu'il faut penser ou faire (comme hésiter entre deux routes sans raison de préférer l'une à l'autre) ; et la liberté éclairée, la plus haute, où l'entendement perçoit si clairement le vrai ou le bien que la volonté y adhère sans plus pouvoir s'en détourner (comme lorsque je saisis que le cogito est vrai). Paradoxalement, je suis alors d'autant plus libre que je suis déterminé par la raison plutôt que livré au hasard.

« Cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt apparaître un défaut dans la connaissance, qu'une perfection dans la volonté. » – Méditations métaphysiques, Méditation quatrième, 1641

Exemples

  • Liberté d'indifférence (basse) : imaginez un voyageur perdu en forêt à la tombée du jour. Aucun chemin ne lui semble meilleur qu'un autre, alors il en prend un au hasard. C'est le libre arbitre d'indifférence – face à un plat au restaurant, un choix d'études, un bulletin de vote, aucune raison ne penche d'un côté plutôt que de l'autre. Cette indétermination est un manque, le signe que l'entendement n'a pas encore assez éclairé la situation pour que la volonté sache où aller.
  • Liberté éclairée (haute) : quand Descartes découvre, au cœur du doute radical, qu'il est certain de penser et donc d'exister, sa volonté n'a "pas le choix" d'y adhérer – et c'est pourtant le moment où elle est le plus libre : elle se donne tout entière à une évidence qu'elle reconnaît elle-même comme vraie. La nécessité rationnelle n'abolit pas la liberté, elle la comble.

Notes

La liberté cartésienne peut paraître paradoxale : on est d'autant plus libre qu'on est contraint par l'évidence rationnelle. En d'autres termes, le fait que la volonté adhère spontanément à une évidence ne détruit pas la liberté ; cela la perfectionne. Par exemple : si je comprends avec évidence que 2 + 3 = 5, cela s'impose à moi, mais cette nécessité n'est pas une contrainte extérieure. Je suis alors plus libre que lorsque j'hésitais. Pour Descartes, plus l'intelligence voit clairement, plus la volonté est libre.

Débat

Spinoza : toute liberté est illusoire tant qu'on ignore les causes qui nous déterminent – même la volonté éclairée de Descartes reste déterminée par des causes qu'elle ne maîtrise pas. Sartre : la liberté humaine ne connaît pas de degrés – même le choix du bien le plus évident reste un acte libre, contingent, jamais nécessité par la clarté de l'entendement.